Avec le temps…

2009 mars 13
by La Résidence

L’âge. Difficile d’en parler. j’ai entendu Claude Levi-Strauss :” chaque anniversaire est un jalon social vers la déchéance physique et intellectuelle”.

Noter de me mettre à courir 2×15 minutes ,deux ou trois fois par semaine pour éliminer ce tour de taille disgracieux.

Mon visage déjà un peu ridé, mes dents parfois un peu jaunies par le café, l’alcool, la vie, ne sont que le reflet de ce que je suis. Mon laisser-aller physique, quoique tout à fait relatif, n’est que le reflet de ce que je ne veux pas être.
Je me réveillais l’autre jour d’une sieste dominicale et je regardais la neige sur la colline proche. Encore ensommeillé, mon esprit faisait des calculs improbables. Trente neuvième première neige.

 

Combien de temps depuis que je n’ai pas foncé dehors pour mettre un coup de pied dans la neige fraîche et me rouler dedans comme un gamin ? 1 an, 3 ans, 10 ? L’âge, c’est aussi oublier des moments essentiels de la vie, parce que gratuits. Penser à réserver le fromage et le vin pour les repas du déjeuner en semaine.
Je ne me sens pas vieux, et je ne le suis pas au fond, j’ai toujours l’envie de délirer, de dire des conneries comme quand j’avais 18 ou 19 ans. Je sais simplement que le temps passe. A peine le temps de se réaliser un peu, dans le travail, dans la vie de famille, que la quarantaine sonne à la porte, avec son lot d’incertitudes. Quelle direction : laisser une tendance caractérielle commune aux hommes d’âges mur se révéler ? Devenir un petit peu plus l’ours qui sommeille en moi, ou rester ouvert, sociable, déconneur, généreux ? Un peu des deux ?

Mon corps. Aborder la quarantaine rugissante avec un physique en accord avec l’image que j’ai de moi en mon for intérieur, le jeune homme très mince, assez grand, ou devenir l’image que j’ai de mon père, de cette génération ou la sédentarité, le bon coup de fourchette et le Crozes-Hermitage faisait déjà des ravages ? Noter qu’il faut vraiment que j’arrête de boire un peu tous les jours – Faire le test : suis-je capable de ne pas boire pendant une semaine d’affilée?

La mort. je n’en ai pas peur. Facilement dit, mais je crois que c’est vrai. La mort me fait peur pour les autres, pour mes proches, pas pour moi, même si l’idée du néant m’angoisse. - Noter que faire son testament n’est pas un acte d’euthanasie quand on a une femme et des enfants, c’est un acte de générosité-.

 Je me vois souvent mourir. Plus souvent qu’à vingt-ans ? Je ne crois pas. J’ai souvent non pas envie d’un accident de voiture mais la tentation du vide, du virage raté, de l’arrêt du coeur, de la chute de l’arête de montagne. Combien de fois ai-je heurté le platane, dévissé dans la falaise, reçu cette balle perdue. Je suis vivant. Enfin je crois.
Le temps qui passe ? Oui. Vite. Trop vite. C’est certainement une angoisse fondamentale chez moi qui me fait tendre à la procrastination, à la contemplation. Faire accélère le temps. Ne pas faire permet au moins de le regarder passer. J’aime ça. A mon grand désarroi quand l’action s’impose. Noter qu’il faudra bien un jour consulter pour connaître l’origine de cette angoisse.

A vrai dire, vieillir, ou avancer dans l’âge, employer le terme que vous voulez, n’est pas à proprement parler purement factuel. C’est essentiellement accepter ces petits renoncements à la vie que la vie vous impose elle-même. Ne plus jouer au cow-boy, ne plus être le capitaine Flam ou Albator en mieux et conquérir la galaxie, ne plus jouer aux petites voitures et être le routier que l’on ne sera finalement jamais. Ne plus être le mec énervé, écumeur de pubs irlandais, nourri pendant des mois au malt et au houblon de guinness. Parce qu’à 40 ans le corps ne suit plus tout à fait - penser à rechercher l’origine de cette petite tension lancinante dans le ventre – et qu’en tout état de cause, la société ne regarde pas de la même manière un étudiant de 23 ans et un père de famille saoul. Même s’il s’agit du même homme et même s’il a le même humour.

Le sexe, aussi. Je ne me répandrai pas. Parce que essentiellement, je ne vois pas de différence particulière. Au contraire, une aisance, une forme d’expérience. Ce qui est difficile, même pour un homme fidèle, c’est de voir ou de pressentir dans le regard ou dans l’esprit des femmes plus jeunes qu’il peut rencontrer qu’il est à leur yeux un vieil homme. Qu’il est hors-jeu. Que quoiqu’il se passe dans sa vie, il ne pourra pas se permettre de séduire cette jeune beauté sans passer pour un vieux beau obsédé, ou pour un looser destiné à la perdre. 10 ans de trop. Outsider.

What else ? What else justement. On peut le prendre autrement. Savoir que l’on vieillit, que l’on est vieux même. Et s’en foutre. Faire comme si de rien n’était. Séduire sa femme. Amuser les femmes. Jouer avec ses enfants. Rentrer le ventre, mettre un jean, un saint-james usé et jouer des ses cheveux gris à la terrasse d’un café de la ville de mon enfance. L’air de rien. Rouler à 180. Juste un peu. Oublier un moment que votre père est mort d’avoir trop vécu et vous resservir un jack daniels en pensant à Lundgren et à tous les personnages de Jim Harrison. Fumer un cigarillos avec Fred : celui avec qui vous avez découvert la vie, le corps des filles, le votre, la bagarre, ou comment faire exploser une canette de bière avec un simple pétard et vous retrouver aux urgences de l’Hôpital Maritime.

Et vous marrer en fumant ce cigarillos, en buvant ce jack, en regardant cette jeune flamande qui assure le service du bar du billard, et en vous remémorant les pires conneries du livre de votre vie tout en en écrivant une nouvelle page l’instant d’après, quand le troisième larron à passeport marocain sans visa doit s’enfuir dans le champs vers la frontière française, pendant que vous continuez à donner le change en pissant contre la haie, à l’arrivée de la maréchaussée belge. Mort de rire, angoissé, mais vivant…

Voilà, c’est ça. Je suis vivant. Jusqu’ici tout va bien.

3 réponses leave one →
  1. 2009 mars 14
    la sauterelle lien permanent

    “Mort de rire, angoissé, mais vivant…”
    Hé hé…
    J’ai vachement de mal avec cette notion de temps qui passe, de faire ou de ne pas faire.
    En tout cas, la vache, vous attaquez fort!
    Et écrivez très bien tous les deux. Je m’en vais me les imprimer ces deux “Avec le temps”
    Salut de Galway.

  2. 2009 mars 14

    Immense sourire… Je suis sûre que Psestos se joindra à moi pour te dire merci (On adore les compliments, enfin surtout moi ;) )

  3. 2009 mars 14
    Psestos lien permanent

    Galway… Je me sens vieux d’un coup…
    Merci !

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